Aimer quand le désir s’éloigne (Regard d’un homme face à la périménopause et au silence du désir)

On parle beaucoup de la périménopause. Mais beaucoup moins de ce que ça provoque dans le couple… et chez l’homme qui est en face. Quand le désir s’éloigne, c’est tout l’équilibre du lien qui vacille.

 

Il y a des périodes dans un couple où quelque chose change. Pas brutalement. Pas violemment. Mais suffisamment pour qu’on ne puisse plus faire semblant de ne pas le voir. Depuis quelque temps, je sens une distance. Pas forcément dans les mots, mais ans les regards, dans les gestes, dans les réactions. Une irritabilité plus présente. Une sensibilité à fleur de peau. Et surtout… une forme d’éloignement que je n’arrive pas toujours à comprendre.

On parle beaucoup de la périménopause, des bouleversements hormonaux, du corps qui change, du désir qui fluctue, de l’équilibre qui se déplace. Et c’est normal, c’est réel et c’est important de le dire. Mais on parle peu de ce que ça fait en face. Ce que beaucoup d’hommes vivent dans ces moments-là, ils n’en parlent pas. Parce que ce n’est pas “grave”. Parce que ce n’est pas “urgent”. Parce que, face à ce que traverse leur partenaire, ils estiment ne pas avoir le droit de se plaindre. Alors ils encaissent. Et parfois, ils se taisent tellement bien… qu’on finit par croire qu’ils ne ressentent plus rien. Ils rationalisent, ils minimisent, ils se disent que ça va passer. Mais

intérieurement, quelque chose se fissure. Et une fissure, ça ne fait pas de bruit. Jusqu’au jour où ça devient une fracture. Pas l’amour. Pas l’engagement. Mais la place qu’ils pensent occuper. Et ça, ça ne se dit pas facilement, ce que ça provoque chez l’homme qui est là, qui aime, qui observe et qui essaie de bien faire. Parce que moi, je n’attends rien. Je ne fais pas les choses pour obtenir quelque chose en retour. Je fais parce que j’ai envie qu’elle soit bien. Parce que je tiens à elle, parce que ça me paraît évident, naturel.

Mais dans ce « je ne demande rien », il y a quand même quelque chose qui travaille en silence. Une question qui revient chez beaucoup d’hommes. Cette question devient silencieuse, mais persistante. Elle ne s’exprime pas en reproches ni en conflits, mais autrement : par un retrait progressif, par moins d’initiatives, par une présence qui reste mais qui s’éteint un peu. Non pas par manque d’amour, ni par fatigue de ne plus savoir comment être juste. Mais simplement à force de vouloir être à la bonne place, certains finissent par disparaître un peu. « Est-ce que je compte encore comme avant ? Pas seulement dans le cœur, mais ans le regard, dans le désir ? ». Ce n’est pas une histoire d’ego mal placé. Non, c’est beaucoup plus profond que ça. C’est le besoin de se sentir choisi, encore, même autrement.

Aujourd’hui, le désir s’est mis en retrait. Pas seulement envers moi, plutôt globalement. Et d’une certaine manière, ça rassure… et ça inquiète encore plus. Parce que ce n’est pas un rejet, c’est une absence. Mais l’absence répétée finit parfois par être ressentie comme telle, même quand on sait que ce n’est pas contre soi. Et face à une absence, on ne sait pas quoi faire. Parce qu’on nous a appris à agir, à résoudre, à proposer, à avancer. Mais là, il n’y a rien à réparer, et c’est probablement le plus déstabilisant. On ne peut pas « faire mieux » pour recréer du désir. On ne peut pas « donner plus » pour que ça revienne. Alors on se retrouve face à quelque chose d’invisible, d’intouchable. Et pour beaucoup d’hommes, c’est une zone qu’ils ne maîtrisent pas. On avance à tâtons, on s’adapte, on fait attention, parfois même trop. On évite certains gestes, on retient certaines envies, on marche sur une ligne fine entre présence et retenue. Et cette ligne est épuisante. Et tout le monde n’a pas la force de la tenir indéfiniment. Parce qu’elle demande d’être attentif en permanence, de mesurer chaque geste, chaque regard, chaque intention. Trop présent, ça peut peser. Pas assez, ça peut éloigner. Alors on ajuste. Encore. Toujours. Jusqu’à parfois ne plus savoir où se situer soi-même.

Hier soir, je l’ai massée. Longuement Simplement. Sans aucune arrière-pensée ni attente de plus. Mais en faisant attention à ne pas franchir une limite invisible, à ne pas transformer un moment de douceur en quelque chose qui pourrait être mal perçu. Et ça, c’est nouveau. Avant, la question ne se posait pas. Et ce qui était naturel hier devient presque interdit aujourd’hui. Et c’est peut-être ça, le plus dur : le contraste. Ce n’est pas l’absence en soi, c’est la comparaison avec ce qui existait avant, avec ce qui était simple, fluide, évident. Quand le désir ne se réfléchissait pas, qu’il circulait naturellement. Aujourd’hui, il faut penser ce qui, autrefois, se vivait. Alors on compose, on s’ajuste, on fait au mieux. Mais avec, au fond, une inquiétude simple, parce qu’au fond, personne ne veut aimer en ayant l’impression d’être devenu invisible. Est-ce que c’est une phase… ou un basculement ?

Est-ce que ça va revenir… ou est-ce qu’il faut apprendre à (s’)aimer autrement ? Je n’ai pas de réponse. Juste une certitude : dans ces moments-là, l’amour ne disparaît pas, il change de forme. Et il demande autre chose que du désir : de la patience, de la compréhension, et une forme de solidité intérieure. Rester là. Sans s’effacer, sans se perdre, sans exiger non plus. Tenir l’équilibre et continuer d’aimer, même quand tout devient moins évident. Aimer ne devrait pas signifier s’effacer. Et comprendre ne devrait pas obliger à s’oublier.

Je suis là. Je tiens. Car je sens aussi, quelque part en moi, cette ligne fragile qu’il ne faudra pas laisser se rompre. Pour moi. Pour nous.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *