Le froid sous le soleil
Une semaine. Une semaine à Majorque. Le silence. La lumière. La mer. Le luxe simple de ne plus courir.
Je croyais être sorti du vacarme. Je pensais avoir laissé derrière moi les tensions, les rapports de force, les chefs d’État aux regards d’acier, les cartes qu’on déplie au-dessus des peuples comme on déplace des pions.
Et puis ce midi…
Un écran. Des bandeaux rouges. Des mots qu’on connaît trop bien. Iran. Menaces. Ripostes. Escalade. Le paradis n’a pas bougé. La mer est toujours là. Le ciel est bleu. Mais quelque chose s’est fissuré.
Je suis assis à quelques mètres de l’eau et je pense aux frontières. Je respire l’air chaud et je pense aux sirènes. Je regarde la lumière et j’imagine des villes plongées dans la nuit.
C’est ça, le vertige. Être dans un décor presque indécent de douceur, et sentir malgré tout le froid remonter le long de la colonne vertébrale.
Je ne suis pas au front. Je ne suis pas menacé ici. Mais le monde, lui, tremble. Et dans ce tremblement, il y a nos enfants. Leur avenir suspendu aux décisions d’hommes que nous ne choisirions jamais pour dîner à notre table, mais qui décident pourtant de la paix ou du feu.
Je suis là. Au soleil. Et pourtant glacé d’effroi. Comme si la réalité venait de me rappeler une chose brutale : on peut changer de pays, de vie. Mais on ne sort jamais vraiment du monde.


