Entre deux vies

Cher moi,

Tu es dans un entre-deux. Plus vraiment ici, mais pas encore ailleurs.

Ce matelas posé au sol, c’est presque un symbole. Tu as démonté les murs autour de toi. Il ne reste que l’essentiel : une valise, quelques produits ménagers, un carton pour ce qui compte encore. Le reste appartient déjà au passé.

Août 2023. Tu arrives fracassé. Séparation violente. Solitude brute. En septembre, tu signes le bail comme on plante un drapeau sur un territoire à reconstruire.

Dans ces murs, il y a eu la perte d’Élio. Brutale. Injuste. Une semaine de vie, puis le vide. Ça a laissé une trace. Puis Lou. Méfiante, fermée. Comme toi à l’époque. Vous vous êtes apprivoisés ensemble. Elle n’a pas seulement pris sa place, elle t’a aidé à reprendre la tienne.

Il y a eu des nuits sans lendemain. Des tentatives de combler. Des retours que tu regrettes. Des erreurs que tu assumes aujourd’hui. C’est aussi ça, grandir.

Et surtout, il y a eu le renouveau : les plantes, les photos, la lampe à sel, le diffuseur d’huiles essentielles, les estampes. Tu n’as pas décoré un appartement, tu as reconstruit un homme. Ce lieu a été un champ de bataille et un atelier de renaissance.

Demain, tu rendras un badge. Mardi, tu rendras des clés. Mais en vérité, tu fermes un chapitre. Pas dans la fuite, mais dans la conscience. Tu ne quittes pas un appartement, tu quittes une version de toi. Et celle qui arrive est plus lucide, plus solide, plus alignée.

Reste allongé encore quelques minutes. Regarde ce plafond une dernière fois. Remercie ces murs, même pour la douleur. Puis relève-toi. L’avenir n’attend pas les nostalgiques, il attend les bâtisseurs.

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