Trois souffles

Ce dimanche-là, quelque chose a commencé à basculer. Entre le vertige et la confiance. Ce dimanche-là, nous n’avons pas couru. Nous avons pris le temps. Un salon, une galette des rois, du champagne qui pétillait doucement, et les mots qui s’apprivoisent avant les corps.

Julien nous regardait avec cette curiosité tranquille de ceux qui ne prennent rien pour acquis. Elle souriait. Moi, je la regardais sourire, déjà troublé par ce que je sentais naître dans l’air.

Quand leurs mains se sont cherchées, il n’y avait rien de brusque. Seulement une lente évidence. Un frisson partagé. Un regard qui demande sans parler. Et moi, je n’ai pas eu peur.

Je les ai regardés s’approcher, se toucher, s’embrasser. La femme que j’aime sous d’autres mains que les miennes. Et au lieu de la jalousie que j’avais tant redoutée, j’ai senti une chaleur étrange, belle, presque sacrée. Quelque chose en moi s’ouvrait.

Nous sommes montés à l’étage comme on entre dans un espace hors du monde. Les questions, les rires, les silences un peu trop longs. Et puis les gestes qui remplacent les phrases.

Elle était au centre.
Rayonnante.
Désirée.
Aimée.

Je sentais son plaisir comme si c’était le mien, et son abandon me rendait plus présent que jamais. Julien était là, attentif, respectueux, vibrant lui aussi. Trois souffles qui cherchaient la même cadence. Ce n’était pas un spectacle. C’était une communion.

Et quand ils ont fini par se laisser traverser ensemble par ce qui les emportait, je les ai regardés comme on regarde quelque chose de rare : sans envie de prendre, juste l’envie de recevoir.

Après, nous étions calmes. Un peu tremblants. Étrangement plus proches.

Ce jour-là, je n’ai pas découvert qu’elle pouvait être désirée par un autre. Je l’ai toujours su. J’ai juste découvert que je pouvais l’aimer en la regardant l’être. Et ça a changé quelque chose de profond.

Nous ne nous sommes pas éloignés. Nous nous sommes élargis.

C’était notre première fois à tous les deux. Julien le savait. Et dans chacun de ses gestes, dans chaque regard, il y avait cette attention rare : celle de quelqu’un qui veille. Rien n’a jamais été forcé, ni pris. Tout a été proposé, accueilli, respecté. Sa présence nous a donné la sécurité nécessaire pour oser. Et c’est aussi pour cela que cet après-midi restera si précieux.

Le soir venu, quand nous nous sommes retrouvés seuls, quelque chose avait changé entre nous. Nos corps se sont retrouvés comme s’ils se connaissaient à nouveau. Il y avait de la douceur, de la tendresse, une profondeur presque sacrée. Pas une urgence, mais une gratitude. Comme si ce que nous avions traversé ensemble avait ouvert un espace plus vaste pour nous aimer.

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