Cette nuit, j’ai rêvé
Cette nuit, j’ai rêvé. J’avais rendez-vous à Paris, dans les locaux des Éditions Stock, dans un bureau trop calme, trop feutré, face à quelqu’un qui cherchait ses mots. Il tenait mon roman, « 214 », entre ses mains comme on tient quelque chose de précieux. Il m’expliquait, un peu gêné, que le contrat prévu ne tenait plus. Que les chiffres avaient explosé. Que les ventes avaient dépassé toutes les prévisions. Que le stock était déjà trop petit pour ce que le livre était devenu. Alors il fallait revoir les termes. Revoir l’ampleur. Revoir l’histoire.
Cette nuit, j’ai rêvé. On m’a fait traverser un couloir, puis un autre bureau. Plus grand. Plus lumineux. Et là, quelqu’un se levait pour me serrer la main. Guillaume Canet. Sourire franc, regard direct. Il me disait qu’il avait lu « 214 ». Qu’il avait été happé. Qu’il n’avait pas dormi. Qu’il voulait en faire un film. Qu’il avait déjà commencé à écrire. Il me tendait un premier scénario, encore chaud, presque vivant, et me proposait de travailler avec lui, d’être là, au cœur de cette histoire qui changeait de forme.
Puis il me parlait du casting, des acteurs qu’il voyait déjà, comme s’il dessinait les contours d’un futur possible. Romain Duris. Virginie Efira. Adèle Haenel. Roschdy Zem. Albert Dupontel. François Civil. Anaïs Demoustier. Noémie Merlant. Je voyais alors des visages se dessiner autour de cette histoire et, à travers eux, mes personnages prendre vie. Des voix, des silences, des regards qui, peu à peu, prenaient place autour de ce que j’avais écrit.
Cette nuit, j’ai rêvé. Je me voyais signer, relire, discuter, rire. Je me voyais devenir autre chose que celui qui écrit seul dans une pièce. Je me voyais transmettre mon monde à d’autres mains, d’autres voix, d’autres images. Mon histoire n’était plus seulement mienne. Elle prenait de l’ampleur, de l’élan, une respiration nouvelle.
Cette nuit, j’ai rêvé… et puis quelque chose m’a tiré hors de ce décor trop parfait. Le matin est arrivé. J’ai souri. Pas parce que c’était fini. Mais parce que, pendant quelques secondes, tout ça avait été vrai. Et qu’au fond, même les rêves les plus fous naissent toujours d’un endroit très simple : l’envie d’y croire.


