Dents serrées

Dents serrées, cœur en vrac

Il dit rien. Pas parce qu’il s’en fout. Parce qu’il sait que les mots, parfois, ça fait plus de dégâts que les silences.

Il regarde, encaisse, analyse, se ferme, il garde tout dedans. Comme une cocotte prête à péter, mais qui pète jamais.Parce qu’il a pas le droit de tomber. Parce qu’il faut tenir. Encore. Toujours.

Il sourit. Mais derrière, c’est le bordel. Y’a des nuits sans sommeil, des souvenirs qui mordent, des absents qu’il porte comme des cicatrices. Abandon, trahison. Il a mangé la poussière plus d’une fois. Mais il s’est relevé. Seul. Dents serrées, cœur en vrac.

Il aime. Putain, qu’il aime. Mais ça lui fait peur. Parce qu’aimer, c’est donner la clé. Et lui, il connaît trop bien le goût de la porte qui claque. Il est têtu. Parce qu’il a appris que ceux qui doutent trop, ils coulent. Alors il s’accroche. À ses mômes. À ce qu’il croit juste. À elle.

Il dit pas « j’ai mal », il dit « ça va », « t’inquiète », « je gère ». Personne voit le tremblement dans ses doigts quand il dit ça… Personne voit le poids qu’il traîne quand il se tait.

Parce que la pudeur, chez lui, c’est une armure. Et les failles, il les planque sous l’ironie ou la fatigue. Il avance, même quand tout crie d’arrêter. Parce qu’il a plus le luxe de tomber.

Il rêve pourtant. Pas de gloire, pas de miracle. Juste d’un endroit où il pourrait souffler sans se justifier. D’une peau contre la sienne qui dirait “je reste” sans promesse.

Il voudrait parfois qu’on entende ce qu’il dit pas. Qu’on capte que le calme, c’est souvent la tempête maîtrisée. Que la force, c’est juste la peur qui sait se taire. Alors il continue. Parce qu’il sait pas faire autrement. Et quand il serre quelqu’un dans ses bras, c’est tout ce qu’il a jamais su dire qu’il balance, sans un mot.

Il donne sans compter, mais il attend rien. Parce que l’attente, il sait que ça blesse. Il s’use à force de tout porter, mais il lâche pas. Pas par orgueil. Par instinct. Il veut pas sauver le monde, juste tenir debout dans le sien.

Parfois, il s’éloigne. Pas pour fuir, mais pour respirer. Parce que le bruit des autres couvre trop souvent ce qu’il ressent. Il regarde le ciel, il fume une clope, il pense à ceux qu’il a perdus, à ceux qu’il protège. Et ça lui suffit pour pas sombrer.

Il parle peu, mais quand il parle, c’est vrai. Brut, sans fard. Et si un jour il dit “je t’aime”, c’est pas un mot jeté. C’est une promesse. Un abri. Un morceau de lui qu’il confie.

Alors ouais, il vacille parfois. Mais il tombe pas, ou il essaye de ne pas tomber. Parce qu’au fond, il sait que personne viendra le relever. Il s’est fait tout seul, cabossé mais debout, usé mais vivant. Et tant qu’il lui restera un souffle, il avancera. Pour ceux qu’il aime. Pour ce qu’il croit juste. Pour prouver qu’on peut être fatigué sans renoncer.

Silencieux, mais entier.
Discret, mais vrai.
Cabossé, mais vivant.
Encore là.

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